Interview Olivier Brachet, fondateur d’Innovation Performance Analytics

28/1/2026
Fondée au croisement du sport de haut niveau, de la donnée et des systèmes d’information, Innovation Performance Analytics (IPA) accompagne depuis plus de dix ans les organisations sportives et médicales dans le pilotage global de la performance et du suivi du sportif.À l’origine du projet, Olivier Brachet, un entrepreneur animé par une passion profonde pour le sport et une solide expérience du conseil et des systèmes d’information. Dans cet entretien, il revient sur la genèse d’IPA, les défis des premières années, sa vision de l’innovation responsable et les convictions qui guident encore aujourd’hui le développement de Playsharp et Medisharp.

Mettre la donnée au service de l’humain et de la performance

Qu’est-ce qui vous a motivé à lancer ce projet en 2010 ? Comment est née la collaboration avec Vern Cotter et Stéphane Boiroux ?

Depuis l’adolescence, je baigne dans le sport. Mon père a fondé le club de tennis de ma ville natale, où j’ai énormément joué. C’était la grande époque, marquée notamment par la victoire de Yannick Noah à Roland-Garros en 1983. J’ai toujours été touche-à-tout : j’adorais les cross à l’école, les sports collectifs avec les copains, les stages de ski ou de snowboard, puis plus tard les défis personnels comme les traversées des Alpes, le tour des Annapurna ou encore le trail à la fin des années 1990. Je savais déjà qu’un jour je travaillerais dans l’univers du sport.

Plus tard, lorsque je dirigeais le développement du bureau de Clermont-Ferrand pour Accenture, en appui de nos activités pour Michelin, j’ai mis en place un partenariat de sponsoring avec l’ASM afin de renforcer notre visibilité et de recruter des talents dans la région. C’est à cette occasion que j’ai rencontré Vern Cotter et Stéphane Boiroux, lors d’un dîner des partenaires où nous étions à la même table. Nous avons échangé sur la performance, la data, et sur la manière dont les méthodes de pilotage utilisées dans l’industrie pourraient être adaptées au suivi du groupe professionnel de l’ASM Rugby.

C’est ainsi que nous avons commencé à imaginer et tester des premières approches, le soir, le week-end, sur notre temps libre. Parallèlement, je me suis engagé dans un cursus en marketing et management du sport à l’ESSEC pour préparer la suite. Ce furent des années particulièrement intenses : entre Accenture, le master à l’ESSEC, la vie de famille, la construction du projet et la collaboration avec le staff de l’ASM, le rythme était soutenu.

Quand vous regardez les débuts d’IPA, quel moment vous a le plus marqué ou surpris ?

En 2010, lorsque j’ai commencé à sonder le marché autour de l’idée d’une solution permettant un suivi global du sportif, à la fois sportif et médical, on me regardait souvent avec des grands yeux.

Pourtant, à force de travail, d’idées et de découverte de cet écosystème, j’ai fini par me convaincre de la pertinence du projet. C’est ainsi que j’ai choisi de créer IPA en 2012. J’ai alors quitté Accenture pour m’y consacrer pleinement.

Partir de zéro, sans expérience dans ce domaine, sans relation, sur un marché de niche et avec une idée mais pas encore de produit… cela a donné lieu à plusieurs années particulièrement difficiles. Peu de personnes y croyait… Heureusement quelques proches et anciens collègues ont bien voulu « tenter le coup » et investir un peu d’argent. Je leur serai reconnaissant pour toujours.

IPA place la donnée et l’humain au cœur de ses solutions.

Pouvez-vous expliquer pourquoi ces deux piliers sont essentiels ?

Parce que les outils apportent une réelle aide : ils simplifient le travail, font gagner du temps, facilitent le partage d’informations et offrent un suivi plus précis, notamment grâce à la démocratisation de certains capteurs. Mais au-delà de ces avancées, l’essentiel demeure le lien humain : la relation entre le sportif et les membres du staff qui l’accompagnent. L’écoute, la capacité d’adaptation, l’accompagnement… voilà ce qui reste au cœur de tout.

Comment conciliez-vous l’innovation technologique avec les besoins réels des sportifs et encadrants ?

Nous partons toujours du terrain. Nous faisons une distinction très nette entre innovation et progrès : l’innovation n’est pas une fin en soi, ce qui nous guide avant tout, c’est le progrès réel pour les sportifs et leurs encadrants. Avant d’imaginer une solution ou une fonctionnalité, nous passons donc du temps avec les staffs techniques et médicaux pour comprendre leurs contraintes opérationnelles, leurs processus et leurs priorités.

L’innovation n’a de valeur que si elle génère un progrès concret à l’usage. C’est pourquoi nous développons nos outils dans une logique de co-construction, avec des itérations (si possible) rapides et des retours d’usage continus. Notre ambition est de rendre la technologie invisible : simple, intuitive, fiable et réellement au service de l’accompagnement du sportif — ce qui reste clairement un challenge !

Quelle est votre vision pour l’évolution de l’analyse de la performance sportive et médicale dans les 5 à 10 prochaines années ?

Nous entrons dans une ère où la donnée deviendra un véritable levier stratégique au quotidien. L’intelligence artificielle permettra, de manière très ciblée, d’automatiser des tâches chronophages, de détecter des signaux faibles et d’offrir un soutien à la décision toujours plus pertinent.

L’analyse deviendra plus prédictive, plus personnalisée et intégrée dans des workflows métiers. A cet horizon, nous pensons que la frontière entre performance sportive et suivi médical s’estompera au profit d’une vision holistique du sportif.

Des questions bien plus larges que celles du sport vont désormais transformer nos métiers et nous avons déjà commencé à les intégrer dans notre stratégie.

La souveraineté des technologies que nous utilisons et les choix d’hébergement deviennent stratégiques, surtout face aux différences législatives entre les États-Unis et l’Europe : le Cloud Act permet aux autorités américaines d’accéder à certaines données, tandis que l’UE protège strictement la vie privée via le RGPD.

Ces divergences reflètent des visions opposées : les États-Unis misent sur l’exploitation économique de la donnée, l’Europe sur sa protection, et la Chine sur un usage centralisé au service des objectifs nationaux.

Et dans ce contexte, l’essor de l’IA soulève des questions éthiques majeures : comment encadrer l’usage de données sensibles, éviter les dérives et définir ce que l’on autorise ou non à l’IA ? Autant de choix structurants qui dépassent notre secteur et redéfinissent nos responsabilités.

Playsharp et Medisharp sont au cœur de votre offre.

Quelles problématiques cherchent-elles à résoudre concrètement pour vos utilisateurs ?

Playsharp répond au besoin de centraliser, structurer et exploiter efficacement les données de performance de manière simple et accessible. Les équipes gagnent en réactivité, en cohérence et en qualité dans leurs analyses.

Medisharp, de son côté, vise à fluidifier le suivi médical et paramédical : meilleure traçabilité, meilleure communication entre professionnels, et une capacité accrue à prévenir plutôt qu’à réagir.

Ensemble, ces deux plateformes apportent une vision complète et intégrée du suivi du sportif.

La réalité démontre que les directions sportive et médicale travaillent encore beaucoup en silo. Nous considérons que ce mode de fonctionnement est un frein à la performance du sportif à court terme et tout au long de sa carrière. Notre approche bicéphale (Playsharp / Medisharp) apporte une réponse au partage des bonnes informations entre les bonnes personnes pour améliorer la coopération en respectant les règles et la vie privée.