"La donnée est utile. Mais c'est l'humain qui décide." — Simon Fourcade

10/6/2026
Rencontre avec Simon Fourcade, entraîneur de l'équipe de France de biathlon, championne olympique du relais masculin à Milan-Cortina 2026.Il y a des victoires qui ont un goût particulier. Celles qu'on a longtemps cherchées, qu'on a frôlées, et qui finissent par arriver par un chemin inattendu. Pour Simon Fourcade, le titre olympique sur le relais masculin à Milan-Cortina 2026 est de celles-là. Pas comme athlète — comme entraîneur. Aux côtés d'hommes avec qui il a couru, et pour certains, d'amis.

Un titre olympique chargé d'histoire

Simon, on ne peut pas commencer sans parler de Milan-Cortina 2026 : le titre olympique sur le relais masculin. C'est la plus belle récompense de ta carrière d'entraîneur ?

Bien entendu. C'est vraiment un symbole, dans le sens où c'est un titre que le biathlon français n'avait jamais obtenu, après lequel on court depuis de nombreuses années — et que je n'avais jamais réussi à décrocher en tant qu'athlète. L'obtenir en tant que coach, c'est une réelle satisfaction. Comme si j'avais mis un aboutissement sur cette quête. Et le réaliser en ayant entraîné des athlètes avec qui j'ai couru, qui pour certains sont des amis, représente encore plus pour moi. C'est très certainement le plus beau titre de ma carrière — et en tout cas, un titre énormément chargé en émotions.

L'hypoxie : une affaire de stratégie, pas de recette

En tant qu'entraîneur, comment tu intègres la gestion de l'hypoxie dans la préparation de tes athlètes ?

Il y a plusieurs manières de l'envisager, et plusieurs méthodes. Pour moi, tout dépend des objectifs qu'on se fixe. Pour Milan-Cortina, on était sur un site en altitude, donc l'objectif a été double. D'abord, un suivi longitudinal sur toute l'année, avec des expositions répétées mais courtes en hypoxie — de manière à diminuer au maximum le temps d'acclimatation sur site. Ensuite, un stage plus classique de trois semaines en altitude, qui nous a permis d'envisager les semaines suivantes avec un potentiel accru, de prendre confiance en début de saison, et d'aborder la suite de manière plus sereine.

La donnée, oui — mais l'humain d'abord

Entre data et feeling d'entraîneur, comment tu trouves le bon équilibre dans tes décisions ?

Il faut tenir compte des données qu'on peut obtenir, c'est certain. Mais ce qui compte avant tout, c'est le feeling, le ressenti, le bien-être des athlètes. Ce sont ces paramètres-là qui doivent être au maximum pré-compétition, pour tirer le meilleur d'un athlète.

Si un athlète, par exemple, ne se sent pas bien en stage d'altitude, a besoin de rentrer chez lui parce qu'il a été éloigné trop longtemps de ses proches — je pense que ce paramètre doit passer devant toute l'optimisation scientifique classique. C'est ça qui permet d'obtenir les meilleures performances. La donnée guide. Mais l'humain décide.

Playsharp : un outil, une plateforme, un gain de temps réel

Comment tu travailles avec Playsharp au quotidien ?

Je l'utilise beaucoup, que ce soit pour la planification — c'est une sorte de calendrier géant qui donne une vision claire sur la périodisation et la charge appliquée aux athlètes — ou pour l'analyse. C'est d'abord un cahier d'entraînement qui permet de comptabiliser les heures et la charge de travail de façon classique. Mais c'est aussi beaucoup plus : la variabilité cardiaque, la charge RPE, les retours des athlètes… Tout sur une seule et même plateforme. Ce travail est chronophage. Avoir tout centralisé permet de le synthétiser, d'être plus précis, plus rapide — et d'apporter les bons ajustements sur l'entraînement qui suit.